SISSCO

Società italiana per lo studio della storia contemporanea

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Venezia medievale nella modernità. Storici e critici della cultura europea fra Otto e Novecento

Daniela Rando

Roma, Viella, 476 pp., € 38,00 2014

L’épais livre de Daniela Rando se propose de rechercher dans les oeuvres de nombreux auteurs, écrivains, scientifiques des XVIIIe et XIXe siècles et dans leurs vies personnelles et professionnelles, les éléments et les cadres déterminants de la perception d’une Venezia medievale livrée à la Modernité qui s’en empare, la façonne à sa guise, peu soucieuse des faits historiques, à laquelle beaucoup ont prêté sans compter. L’auteur prend soin en introduction d’expliciter ses propres cadres de référence : la Mythistory et les post colonial studies. Toutes les grandes thématiques “prêtées” à Venise sont déconstruites, le Gothique, la Renaissance, l’Anti-renaissance, le Byzantinisme, Marco Polo, le bon gouvernement des patriciens (Occident et Orient) au fil des grandes oscillations, narrations et valeurs de la Modernité : rationalité, liberté, progrès, capitalisme, orientalisme, au gré des projets des Etats-Nations à légitimer, du récit national à écrire et revendiquer (national-socialisme, empire colonial). Le détournement du passé médiéval de Venise fournit les ingrédients, mythes, croyances et horizons des sociétés européennes modernes et montre à quel point l’Europe a été capable d’imposer son récit au reste du monde au détriment d’autres récits. L’entrecroisement entre critiques des propos des auteurs, contextualisations des oeuvres et des hommes (deux femmes seulement), analyse des trajectoires et motivations individuelles fournit un volumineux matériel analytique qui donne de la force à la démonstration. Cette analyse détaillée et attentive pose l’épineuse question de l’existence et de la délimitation d’un fonds culturel européen commun, un bouillon culturel, où les auteurs choisis baignent largement inconsciemment. Le défi n’était pas aisé au départ mais le résultat est concluant. Ce livre fera naître à n’en pas douter de nombreuses critiques et questions. La surreprésentation des auteurs de culture allemande gomme un peu Venise (image de couverture) et nous installe au coeur des problématiques pangermaniques débouchant sur le IIIème Reich. Sans que le rattachement de Venise par le traité de Campoformio (1797) au Saint Empire romain germanique ne donne toute sa mesure. Ce dilemme posé dès le XVe siècle à l’Etat vénitien entre le Stato da Mar et le Stato da Terra jusqu’aux confins des Alpes redimensionne la question historique des influences. La Venezia medievale, peut-être, disparaîtra pour les médiévistes, les modernistes ou les historiens de l’art, par manque d’objets concrets, d’époques identifiées, d’arts oubliés : peinture et musique, Xe et XVe siècle, tracent-ils la même histoire ? Cependant, l’idée de transversalité des époques et des thèmes pose une question de fond sur l’essence et l’image de Venise dans la longue durée qui ne devrait pas laisser les historiens, sociologues, économistes, etc. de marbre, même ceux pénétrés par les micro-objets locaux ou ceux paralysés par les grands cadres théoriques.


Christophe Austruy